Les faits
5 janvier 2009Pompiers pyromanes
Les chasseurs prétendent "réguler les animaux". Ils seraient, à ce titre, des "gestionnaires de la faune sauvage". Or, il se trouve que les chasseurs élèvent la plupart des animaux qu'ils chassent. Comme le rappelle Le Chasseur Français (juin 1999), sur les 30 millions d'animaux tués par les chasseurs chaque année (ONCFS, études entre 1998/1999 et 2001/2002), 20 millions proviennent... des élevages à fin de chasse.
De même, le Syndicat National des Producteurs de Gibier de Chasse (SNPGC) donne en 2009 les chiffres1 d'une production annuelle de :
- 14 millions de faisans
- 5 millions de perdrix grises et rouges
- 1 million de canards colverts
- 120000 lièvres
- 10000 lapins de garenne
Une honte que certains chasseurs déplorent
Certaines voix, dans le monde cynégétique, déplorent cette situation : en particulier l'ANCER (Association Nationale pour une Chasse Écologiquement Responsable), qui « se donne pour mission de [p]romouvoir l'abandon des pratiques qui font perdre son sens à la chasse et déshonorent les chasseurs : lâchers d'animaux de tir, repeuplements systématiques, nourrissage du grand gibier, chasses en enclos ainsi que tout ce qui contribue à artificialiser la chasse »2.
Les officines officielles de la chasse restent très discrètes sur ce véritable scandale, quelque peu incompatible avec le mythe du "chasseur écologiste" qu'on veut faire passer. Le résultat est que, aussi incroyable que cela puisse paraitre, le greenwashing de la chasse est repris par certains médias qui voient dans cette activité une nécessité écologique. Ainsi le Figaro Magazine (29/9/09) : « La chasse se veut désormais durable. Qui s'en plaindra ? »3
Un système bien huilé
Pourquoi les instances de la chasse, comme la puissante Fédération Nationale des chasseurs ou le parti politique CPNT ne prennent-elle pas position contre cette pratique, comme le fait l'ANCER ?
Laissons répondre le SNPGC : « le lâcher pendant la chasse reste une méthode efficace permettant d'assurer la finalité de notre passion : une chasse en pleine nature, le travail de nos chiens, un gibier de qualité ».
« Si le jour de l'ouverture on rentre bredouille, on fera mieux la prochaine fois avec les lâchers hebdomadaires de gibier d'élevage ».
Le Provençal (09/09/1989), cité par La ligue ROC4.
On est assez loin d'un souci écologique...
On comprend dès lors la manne financière pour la Fédération de chasse (qui fut épinglées par la Cour des Comptes pour ses dérives financières). La cotisation annuelle est obligatoire pour les chasseurs. Si ces derniers raccrochent leur fusil faute de gibier, c'est autant de cotisations en moins (puisque la cotisation à la fédération est obligatoire pour les chasseurs). La chasse et l'écologie : une affaire de gros sous ?
Cette manne financière permet aux dirigeants de la fédération de faire appel aux services de professionnels de la communication, comme Thierry Coste, et d'inventer ainsi un discours susceptible de rendre acceptable une activité dont on connait le caractère très controversé.
Conclusion
Les chasseurs utilisent les cotisations tirées de la pratique du "gibier de tir" pour faire passer un message (la "régulation de la faune") qui représente la négation même de cette pratique ! Un grand écart qui confine au cynisme le plus absolu.
Une telle désinformation ne peut être acceptée au regard des conséquences dramatiques pour les animaux, comme pour la population humaine, qui est soumise à des risques mortels pour le seul plaisir des chasseurs, et surtout pour l'intérêt financier des instances de la chasse.
Quelques épisodes récents le rappellent cruellement (Source : La buvette des alpages5) :
« Lundi 7 décembre 2009, entre La Celle et Mazaugues (Var) : un cueilleur de champignons a été atteint par deux plombs au niveau d'une omoplate, tirés par une personne qui demeure introuvable. La victime a été hospitalisée. Étrange, dernièrement, un chasseur, pas trop content de voir une liste des accidents de chasse à la buvette écrivait en commentaire «Tous ceux qui n'aiment pas la chasse doivent savoir que les forêts et les plaines sont la propriété de l'état ou de particuliers. Les forêts et les plaines sont louées par bail aux chasseurs. A partir de là, les non chasseurs n'ont rien à faire sur ces terres, surtout en période de chasse. Que dirait un non chasseur si on entrait chez lui, comme ça, en prétextant qu'on se balade ?» Il n'est donc pas le seul à le penser. De beaux cartons en perspectives ! »
« Dimanche 1er novembre 2009, Rochefort-du-Gard (Gard) - deux femmes qui se promenaient ont été blessés par le tir d'un chasseur : à 15 h une jeune femme de 37 ans et sa mère, âgée de 61 ans, étaient occupées à se promener samedi (...) lorsque, arrivées dans une vigne, chemin de Bel Air, elles ont essuyé une décharge de plombs. Un chasseur avait "entendu un bruit" et a prétendu avoir visé un perdreau. Les deux femmes ont été atteintes par des plombs. L'un d'entre eux s'est notamment fiché dans l'oreille de l'une des deux promeneuses. Le chasseur s'est aussitôt rendu compte de son geste, a accouru auprès des victimes, et a attendu l'arrivée des secours et des gendarmes. Les deux victimes ont été conduites aux urgences du centre hospitalier Henri-Duffaut. Elles devront être opérées au visage et aux jambes. »
« Dimanche 8 novembre encore à Emmerin (Nord) : deux chasseurs visent un lapin et touchent un joggueur de 25 ans. Une promeneuse, infirmière lui a prodigué les premiers soins. Le lapin longeait une haie. Les plombs l'ont traversé et ont atteint le joggueur à la jambe droite et à l'abdomen. La victime a été acheminée à l'hôpital Salengro. »
« Mercredi 11 novembre à Courry (Gard) - accident de chasse lors d'une chasse au faisan. Près de Saint-Ambroix, une promeneuse s'est fait tirer dessus. Le chasseur croyait avoir tiré sur un gallinacé (un faisan). Il a touché la promeneuse à la tête. Sérieusement blessée, elle a été emmenée par hélicoptère à l'hôpital de Nîmes où elle était toujours hospitalisée samedi. Elle "prenait simplement le soleil" à quelques centaines de mètres des premières maisons du village. Un soleil "de plomb". Le chasseur a été mis en examen et une enquête est en cours, comme d'hab. »
« Vendredi 13 novembre 2009 à Saint Bonnet de Rochefort (Allier) : Un accident de chasse, un drame évité de quelques centimètres. Lors d'une battue au sanglier qui se déroulait à plus d'un kilomètre, une "balle perdue" s'invite dans la maison. La balle rentre par un carreau, y laisse un beau trou de plusieurs centimètres, passe, selon l'expertise, à 22 cm de la tête du propriétaire qui regarde la télé, avant d'aller se ficher dans un meuble en "chêne massif". Et c'est du gros calibre. (C'est vrai, je l'ai vu à la télé ) "Ils chassent, mais avec des conditions de sécurité quand même assez minimes. Il en fallait pas beaucoup... " a déclaré le presque mort. »
Références
- www.revuegibieretchasse.fr/orga_prof_snpgc.htm
- http://assoc.pagespro-orange.fr/ancer/dwl/Charte.pdf
- www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2009/09/26/01006-20090926ARTFIG00078--la-chasse-pratique-l-ouverture-.php
- www.roc.asso.fr/chasse-france/lacher-animaux-elevage.html
- www.buvettedesalpages.be/2009/08/accidents-de-chasse-en-france-2009-2010-.html